En établissant les bases du premier Jubilé (1300), Boniface VIII détermina que, pour obtenir l’indulgence, les pèlerins devaient vénérer les sépulcres des apôtres Pierre et Paul, dans leurs basiliques respectives. C’est ainsi qu’apparut la coutume de «visiter les églises pour obtenir l’indulgence». Mais en réalité il ne s’agissait pas de visiter les églises, mais de «vénérer la mémoire des martyrs», dont les tombeaux se trouvent dans les basiliques qui leur ont été consacrées.

Au début, les pèlerinages concernaient seulement les tombeaux de Pierre et de Paul, mais ensuite on y ajouta l’Archibasilique de Saint-Jean de Latran (Cathédrale de Rome) et plus tard celle de Sainte-Marie Majeure (la plus grande des basiliques consacrées à la Vierge).

Paul II (1464-71) stipula de façon définitive que l’indulgence ne serait pleinement acquise qu’en visitant ces quatre basiliques jubilaires. Un siècle plus tard, Philippe Néri propose d'y ajouter les visites des trois basiliques Mineures. Pendant l'Année Jubilaire 1575 a lieu le premier Pèlerinage aux Sept Eglises.

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Pèlerinage aux Sept Eglises

Un jeune Florentin  Pèlerins et Jubilé Des clercs envieux Pourquoi Sept ? Apôtre de la Renaissance Les premières fois  Révision
Basiliques mineures
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Dans cette gravure (1598) on voit les Sept Églises, appelées ici « privilégiées ».

Saint-Pierre, au premier plan, sur la rive opposé du Tibre. Dans la ville, protégée par les murailles :

Sainte-Marie Majeure, Saint-Jean de Latran (Cathédrale), et juste derrière Saint-Croix de Jérusalem.

En dehors des murailles : Saint-Paul (à droite) et Saint-Laurent (à gauche).

En haut au fond, Saint-Sébastien aux Catacombes.

Un jeune prêtre florentin

En mai 1551, le jeune Filippo Neri (saint Philippe Néri) devint prêtre de l’église romaine San Girolamo della Carità, puis de l’église Santa Maria in Valicella, plus connue sous le nom de « Chiesa Nuova » (Eglise Nouvelle). Des petits groupes de 5 ou 6, jeunes et vieux, se donnaient rendez-vous quotidiennement devant chez lui et ils allaient se promener tous ensemble dans les incomparables rues de Rome.

Ils traversaient le Tibre par le pont du Château Saint-Ange pour se rendre à l’Hôpital Santo Spirito in Sassia. Ils visitaient les malades et continuaient leur marche en passant soit par la basilique Saint-Pierre au Vatican toute proche, soit en allant directement au mont Esquilin pour visiter Sainte-Marie Majeure.

Les dimanches et jours de fête, libres toute la journée, ils se réunissaient « chez Philippe » et décidaient d’un itinéraire. « Buona camminata, padre Filippo ! » le saluaient les gardes de la Porte Saint-Sébastien, quand le groupe sortait de la ville vers les catacombes du saint sur la Via Appia. Ils se reposaient, déjeunaient sur l’herbe au bord de la voie antique, et continuaient jusqu’à la tombée du jour. Ces promenades étaient appelées «visites» (comme celles que l’on rend à un ami), à la différence que « les maisons » de ces amis étaient les lieux les plus vénérés de la Rome Chrétienne. Sans le savoir ils préparaient déjà l’un des pèlerinages les plus célèbres, celui des « Sept Eglises ».

Les « visites » de Philippe et ses amis augmentèrent la ferveur religieuse du peuple romain.

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Pourquoi Sept ?

Ce qui vient d’abord à l’esprit, c’est l’Apocalypse de Saint Jean, où sept sont les églises et sept sont les sceaux ; les trompettes aussi sont sept, comme sont sept les coupes de la colère de Dieu et beaucoup d’autres éléments. Cependant il n’existe aucune relation symbolique (à part le nombre 7) entre les Sept Eglises de l’Apocalypse, et celles du pèlerinage romain.

Souvenons-nous du symbolisme des Sept Eglises de l’Apocalypse :

1) Ephèse : l’église qui abandonne son premier amour - 2) Smyrne : l’église qui doit être persécutée - 3) Pergame : l’église qui doit se repentir - 4) Thyatire : l’église qui a une fausse prophétesse - 5) Sardes : l’église qui doit être vigilante - 6) Philadelphie : l’église qui persévère avec patience - 7) Laodicée: l’église qui a une foi mitigée.

Aucun symbolisme dans les Sept de Philippe

Ce fut lui, Philippe, qui créa et proposa ce pèlerinage romain des Sept Eglises, mais sans symbolisme théologique ni religieux. Philippe n’était pas un intellectuel, c’était un homme simple, d’une extraordinaire profondeur spirituelle, admiré et aimé par tous ceux qui le connaissaient. Les romains l’appelaient Pippo Bono (le bon Philippe), mais ils le respectaient et l’aimaient plus qu’un pape.

Le pèlerinage aux « Quatre grandes basiliques papales », Saint-Pierre, Saint-Jean, Saint-Paul et Sainte-Marie Majeure existait déjà. Philippe proposa d’y ajouter la visite des sépultures de deux autres grands martyrs romains, Laurent et Sébastien, dans leurs basiliques respectives, et celle de l’autre basilique constantinienne, celle des grandes reliques, Sainte-Croix de Jérusalem.

Des clercs envieux

Philippe était très aimé par les laïcs, mais son comportement de joie authentique à partager la foi chrétienne n’était pas bien vu par certains supérieurs hiérarchiques du clergé. C’est pour cela que, entre les mois d’avril et mai 1559, le cardinal Virgilio Rosario, vicaire de Paul IV, retira à Philippe le droit de confesser et, pour des motifs d’«ordre public», l’obligea à interrompre immédiatement ses visites en groupes aux églises.

Pèlerinage stratégique

Philippe annonça à ses sympathisants qu’il continuerait ses pèlerinages dans les églises, mais qu’il ne pourrait plus le faire en compagnie. Les amis de Philippe acceptèrent de mauvaise grâce les conditions du cardinal Rosario, mais quelqu'un proposa un stratagème tout-à-fait légal, que Philippe accepta dès le lendemain. Quand il commençait ses visites, de petits groupes de paroissiens sortaient derrière lui en se dissimulant, et le suivaient à une certaine distance. En arrivant à l’une des églises du parcours, ils se réunissaient tous à ses côtés. Philippe priait et chantait avec le groupe, leur contait quelques épisodes de l’histoire de l’Eglise, de la vie des saints, de la Bible ou simplement d’un fait quotidien, et il se remettait en chemin jusqu’à l’église suivante. Peu à peu par petits groupes, les paroissiens sortaient derrière lui et le rejoignaient. Ainsi, sans risques de « désordre public », ses fidèles firent en sorte qu’on ne les séparât point de leur cher Pippo bbono.

Le cardinal Rosario, auteur de ces sanctions, mourut peu de temps après. Philippe n’eut aucun ressentiment envers lui, et ne permit pas la moindre critique contre le cardinal. Le pape Paul IV, en signe de réconciliation et de reconnaissance, fit porter deux grands cierges au jeune florentin.

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Tous avec Philippe

D'après la documentation de plusieurs chroniqueurs de l'époque, Philippe reprit ses pèlerinages accompagné par des groupes, qui allaient jusqu’à compter mille personnes. Dans ces groupes se côtoyaient au coude à coude les membres des grandes familles de la noblesse romaine, les humbles artisans et les enfants orphelins. Tous priaient et chantaient ensemble. Dans ses joyeux pèlerinages et parmi ses amis, il y eut quatre futurs papes : Grégoire XIII, Grégoire XIV, Clément VIII et Léon XI, et également le grand compositeur Giovanni Pierluigi da Palestrina.

La proposition de Philippe

Pour l’Année Sainte 1575, Philippe Néri proposa d’amplifier le pèlerinage, et de vénérer aussi les tombeaux de deux autres martyrs importants dans leurs correspondantes basiliques (Saint-Laurent Hors les Murs et Saint-Sébastien aux Catacombes) et il rajouta une autre basilique constantinienne, celle des grandes reliques (Sainte-Croix de Jérusalem).

C’est ainsi que, pendant cette Année Sainte -année jubilaire de la Contre-Réforme- on officialisa le célèbre « Pèlerinage aux Sept Eglises ». Le cardinal Carlo Borromeo (saint Charles Borromée) arriva de Milan, à pied et sans chaussures, et réalisa dans les mêmes conditions en priant et en chantant, le premier pèlerinage officiel de presque 18 kilomètres, celui des sept églises préférées de Philippe, son grand ami.

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Les premiers pèlerinages aux sept églises

Les premières visites organisées s’effectuaient sur deux jours :

Le premier jour -Mercredi des Cendres- on partait de Santa Maria in Vallicella en chantant « vanité des vanités, tout le monde est vanité », puis on traversait le Tibre pour rejoindre la basilique Saint-Pierre au Vatican. De là, on se rendait à l’Hôpital Santo Spirito in Sassia, où on passait des heures à soigner, accompagner et distraire les malades. Ainsi s’achevait la première journée.

Le lendemain, on partait pour l’Ile Tibérine, où l’on visitait l’église Saint-Bartolomé, on passait par les églises de San Nicola in Carcere et Santa Maria in Cosmedin, continuant vers l’une des étapes Majeures des « Sept » : la basilique Saint-Paul hors les Murs. De là, on continuait sur une simple route à travers champs (aujourd’hui la rue s’appelle via delle Sette Chiese, dans une zone très habitée) et on arrivait à la troisième étape : la basilique Saint-Sébastien aux Catacombes. Philippe l’aimait particulièrement, car pendant ses premiers temps à Rome, dans les catacombes de cette église, il avait eu une vision qu’il décrivait comme une grosse boule de feu. Philippe y célébrait une messe, après laquelle on se reposait et chacun mangeait son « pique-nique ».

On reprenait le chemin, en passant par la basilique San Sisto Vecchio et celle consacrée aux saints Nérée et Achillée, et on se dirigeait vers une autre étape Majeure : l’Archibasilique Saint-Jean de Latran. Après l’avoir visitée, on montait à la Scala Santa (l’Escalier Saint) et puis on continuait pour visiter la basilique Sainte-Croix de Jérusalem. L’avant-dernière étape était la basilique Saint-Laurent hors les Murs : l’archidiacre martyr. Après avoir vénéré son tombeau, on continuait vers la dernière étape, la basilique Sainte-Marie Majeure, où le pèlerinage se terminait par la dévotion à la célèbre icône de la Vierge «Salus populi romani».

Apôtre de la Renaissance

Philippe avait l’habitude de saluer ses amis avec ces mots «Eh bien, mes frères, quand allons-nous commencer à être meilleurs ?». Quand une personne lui demandait ce qu’il fallait faire pour s’améliorer, il l’emmenait dans les hôpitaux pour soigner les malades, et ensuite il lui faisait visiter les sept églises, sa dévotion préférée. En quittant ses amis, il leur disait toujours «Soyez bons, si vous pouvez …».

Depuis lors, des millions de pèlerins se sont ajoutés aux groupes de Pippo, et bien d’autres encore s’ajouteront.

Philippe décéda le 26 mai 1595 à l’âge de 79 ans. Il fut canonisé en 1622 en même temps que Saint Isidore Laboureur, Saint Ignace de Loyola, Saint François Xavier et Sainte Thérèse d’Avila.

Sa dépouille repose dans l’église romaine de Sainte Marie in Vallicella, la Chiesa Nuova. Le peuple de Rome le considère comme son troisième apôtre : saint Pierre, saint Paul et saint Philippe Néri. Pour tous il a été et sera toujours « Pippo er bbono ».

Mise à jour : Mars 2019

 Marcelo Yrurtia

Martine Ruais