Jubilé

La bulle de proclamation

Ce qui est historiquement sûr, c'est que deux mois après la supposée déclaration du romieu français, le souverain pontife proclama le premier jubilé chrétien.

Ce qui impressionna le souverain pontife, ce fut la réaction en force des pèlerins qui envahirent la basilique : symptôme d'un profond mal-être social et aussi spirituel, qui aurait pu avoir de très graves conséquences sans le recours à une indulgence générale, comme symbole de paix.

Boniface VIII rédigea la bulle le 16 février de l'an 1300 dans son Palais Pontifical du Latran.

Le texte de la bulle commençait par une brève, mais très significative déclaration du pontife : «Antiquorum habet digna fide relatio...» (Il existe un ancien récit, digne de foi...). Le souverain pontife déclara que cet ancien récit était digne de foi, mais sans en vérifier l’authenticité.

Boniface VIII attendit encore six jours pour l’officialiser : le 22 février, jour de la célébration de la Cathedra (Chaire) de Saint Pierre.

Peut-être pour s'assurer que sa décision passât à l’histoire de façon indélébile, il ordonna que le texte soit gravé sur une plaque de marbre. Celle-ci se trouve encore encastrée dans le mur de l’atrium de l'Archibasilique Saint-Jean de Latran, Cathédrale de Rome et du monde.

 Révision
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La première condition ... visiter les basiliques

Dans sa bulle « Antiquorum habet... », Boniface VIII déterminait les conditions que devaient respecter les romieux et les romains pour obtenir l’indulgence, et il précisait qu’il fallait rendre hommage à Pierre, en visitant sa tombe dans la basilique qui lui était consacrée, mais aussi à l’autre grand apôtre, Paul, dans la basilique où étaient conservés ses restes : Saint Paul hors les murs.

Les conditions des visites étaient détaillées de la façon suivante : les romains devaient visiter les deux basiliques au total 30 fois chacune pendant l'année jubilaire, les étrangers (italiques, non romains) 15 fois, à des jours successifs ou alternés, mais pas plus d'une visite par jour à chaque basilique.

Pèlerin, synonyme d'étranger

Les mêmes règles qu'aux étrangers s'appliquaient aux pèlerins romieux. Remarquez la différence entre romains, étrangers (italiques, non romains) et pèlerins romieux, qui en réalité étaient des étrangers. Le terme pèlerin romieux était alors utilisé dans le sens d'étranger, et non de dévot qui visitait un sanctuaire.

En ce qui concerne l'organisation de la circulation, ce souverain pontife pourrait être considéré comme un précurseur. Il n'existe pas de documentation à ce sujet, mais on se souvient que dans les rues autour de la Place Saint-Pierre (très différente de l'actuelle) il fit tracer des lignes blanches, pendant l'Année Jubilaire, pour que d'un côté passent les piétons et de l'autre les carrosses.

Fresque attribuée à Giotto, réalisée à l’occasion du premier Jubilé chrétien.
Il ne reste que ce fragment central représentant le pape accompagné de deux collaborateurs, pendant la proclamation historique. Elle est conservée dans la basilique et cathédrale Saint-Jean de Latran.

La fréquence

Boniface VIII déclara qu’à partir de cette année-là (1300) le Jubilé chrétien devait être célébré tous les 100 ans : fréquence qui ne fut jamais respectée.

Il est possible que le souverain pontife ait dit « saeculum » et que par erreur cela ait été interprété comme 100 ans... Il faut considérer que jusqu'en 1582, année au cours de laquelle fut instauré le Calendrier Grégorien (pape Grégoire XIII), l'organisation du temps en Europe n'était ni régulière ni uniforme. L'année commençait le 1er janvier seulement en Espagne, alors qu'à Venise elle commençait le 1er mars et le 25 mars en Allemagne, dans le sud de la France et à Florence. Pendant la période d'Avignon (1309-76), les papes déterminèrent que l'année devait commence le 25 décembre.

Même s'il est difficile de se l'imaginer, la division chronologique habituelle ne se faisait pas par périodes de cent ans. On parlait de centième, mais il s'agissait d'une année qui commençait une centurie, qui alors n'était pas un siècle. D'autre part, le saeculum n'était pas une période de cent ans, mais le laps de vie de quelqu'un ; la durée de vie de chacun de nous était un saeculum.

Donc, quand Boniface VIII détermina la fréquence du Jubilé tous les cent ans, il ne se référait pas à nos cent ans, mais à un saeculum, pour que chaque génération ait la possibilité de vivre une année jubilaire et obtenir l'indulgence de ses péchés.

Un Jubilé tous les ... ?

Le deuxième Jubilé, avec l’exil du pape Clément VI, fut célébré à la demande du peuple romain seulement 50 ans après le premier.

Urbain VII, déclara ensuite que pour célébrer le Jubilé il faudrait respecter l’âge traditionnel du Christ, et il proclama le troisième pour l’année 1383. Mais à cause de la crise politique du moment, il ne put le célébrer qu’en 1390, 40 ans après le précédent.

Pour le quatrième Jubilé, Boniface IX décida que la période entre deux jubilés serait de 50 ans, à compter du deuxième Jubilé, celui de 1350, mais 10 ans seulement après le précédent.

Au point culminant du Schisme d’Occident, Martin V proclama la cinquième Année Sainte en 1425, soit 25 ans après la précédente.

Nicolas V proclama aussi « le sien » à 25 ans de la précédente.

En bref, jusqu’au sixième Jubilé la fréquence des célébrations fut donc plutôt décidée librement « ad libitum ». Boniface VIII détermina 100 ans, mais les Jubilés se succédèrent à intervalles irréguliers de 50, 40, 10 et 25 ans.

En 1470, Paul II confirma et officialisa la fréquence de 25 ans, considérant que 50 et 100 ans étaient des périodes trop longues par rapport à l’espérance de vie humaine, qui à l’époque dépassait rarement les 50 ans.

Révision 8

Mise à jour : Juin 2019

 Marcelo Yrurtia

Martine Ruais